Exposition « Arnold Schoenberg* – peindre l’âme » au mahJ 

Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, 28 septembre 2016–29 janvier 2017

 

par Bruno Fraitag

 

Le mahJ a la bonne idée de proposer une exposition sur Arnold Schoenberg (1874 – 1951), en privilégiant autant l’artiste peintre que le compositeur. Car à l’instar de Félix Mendelssohn, Arnold Schoenberg était aussi à l’aise face à une toile que sur du papier à musique.

Ami proche de Kandinsky, qui admirait les aspirations du musicien à renouveler le langage musical, Schoenberg, autodidacte de talent, croisa aussi Oskar Kokoschka et Egon Schiele, et se joignit au mouvement Blaue Reiter (chevalier bleu) des années 1910. Il se lia surtout au peintre autrichien Richard Gerstl, à tel point que celui-ci… devint l’amant de sa femme, Mathilde, et finit par se suicider.

Auteur d’un grand nombre de portraits et d’autoportraits dont beaucoup sont présentés au mahJ (cf. le portrait de Mathilde), Schoenberg peignit aussi des scènes et paysages parfois troublants, comme cet « Enterrement de Gustav Mahler ». Ce n’est qu’après 1912 que Schoenberg décida de se consacrer exclusivement à la musique.

Après une période qui donna lieu à des œuvres postromantiques dont le chef-d’œuvre est indéniablement la Nuit transfigurée (1899), Schoenberg ressentit le besoin de transformer radicalement le langage musical, afin de s’affranchir de la tonalité et de ses règles harmoniques, qu’il percevait comme un insupportable carcan. C’est ainsi qu’il développa un système dans lequel les 12 notes (c’est-à-dire les 7 notes de la gamme et leurs 5 demi-tons) étaient totalement indépendantes les unes des autres, contrairement au système tonal reposant (schématiquement) sur une tonique (par exemple do), sa dominante (sol), sa sous-dominante (fa) et sa sensible (si). Dans le dodécaphonisme de Schoenberg, les 12 notes sont toutes employées, sans hiérarchie, avec des valeurs plus ou moins longues, puis réemployées, avec de multiples transformations. Cette écriture atonale (sans tonalité) conduisit à la notion de série et donc à la musique sérielle, qui connut un grand développement au XXe siècle.

En dehors de Schoenberg lui-même, les compositeurs les plus représentatifs de cette écriture furent ses élèves viennois Alban Berg et Anton Webern, Karlheinz Stockhausen en Allemagne ou Pierre Boulez en France. Stravinsky s’y est temporairement essayé. D’autres comme Dimitri Chostakovitch ou Henri Dutilleux, tout en écrivant une musique tout aussi « moderne », s’y sont refusés. Actuellement, on écrit toujours de la musique atonale, mais plus guère de musique sérielle, beaucoup de compositeurs percevant ses règles comme aussi contraignantes que celle de la tonalité.

Schoenberg est né au sein d’une famille juive. Il s’est converti au protestantisme dans sa jeunesse, comme tant d’autres Viennois de l’époque (notamment Gustav Malher). Comprenant tôt les menaces de la montée de l’antisémitisme en Allemagne et en Autriche, Schoenberg quitta Vienne pour Paris en 1933. C’est à Copernic qu’il fit son retour au judaïsme, dont témoigne un émouvant certificat rédigé par le rabbin Louis-Germain Lévy (rabbin de Copernic depuis sa fondation en 1907), en présence de Marc Chagall et du Dr. Marianoff (gendre d’Einstein) comme témoins. Juif idéaliste (mais peut-être peu réaliste), il rédigea en 1939, depuis Los Angeles où il résidait, une « proposition du peuple juif à l’Allemagne », qui eut le succès que l’on sait…

Ses compositions inspirées par le judaïsme comprennent notamment un Kol Nidré (commande de la communauté juive de Los Angeles en 1938) qui marque un certain retour à la tonalité, son Survivant de Varsovie et bien sûr son opéra inachevé Moïse et Aaron (représenté l’année dernière à l’Opéra de Paris). S’il fallait choisir une seule œuvre parmi la production d’Arnold Schonberg, on retiendrait toutefois sans doute la Nuit Transfigurée, sublime sextuor à cordes d’après un poème éponyme de Richard Dehmel. Schoenberg produisit sur commande deux transcriptions de cette œuvre, l’une pour orchestre à cordes, l’autre pour orchestre symphonique, mais c’est bien la version originale pour sextuor à cordes qui reste la plus émouvante. C’est sous cette forme que l’œuvre (précédée par une lecture du poème) a été donnée à Copernic en 2008, pour le 75e anniversaire du retour de Schoenberg au judaïsme, dans une version due à 6 musiciens de l’Opéra de Paris**, l’une des plus belles jamais entendues. https://vimeo.com/189449916

Le mahJ ayant prévu des conférences et concerts en marge de l’exposition, souhaitons le même succès à la version donnée le 30 novembre par six musiciens de l’Orchestre de Paris.

Le mahJ propose sur son site web un remarquable dossier pédagogique sur Schoenberg .

 

*Schoenberg avait lui-même abandonné l’umlaut de l’orthographe Schönberg, que le mahJ a reprise.

**Thibaut Vieux et Stéphane Causse (violons), Diederik Suys et Anne-Aurore Anstett (altos), Martine Bailly et Aurélien Sabouret (violoncelles)

 

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